Mardi l 16-05-2017
Nouvelle estimation des ressources forestières

La surface occupée par les forêts dans les zones arides est plus étendue que l'on ne le pensait précédemment. C'est la conclusion d'une étude menée par Jean-François Bastin, chercheur associé à l'Université libre de Bruxelles et consultant à l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), en collaboration avec Google et publiée dans Science.

Malgré leur importance pour l'environnement et les populations locales, les forêts arides sont largement méconnues, comme en témoigne la diversité des chiffres publiés dans la littérature concernant leur superficie, qui varie de 100 à 542 millions d'hectares.

Ceci est dû aux difficultés que rencontrent les approches classiques de cartographie lorsque l'on s'intéresse aux biomes arides. Ces approches se basent sur le signal spectral ré-émis par la terre et enregistrées par un capteur optique à moyenne résolution (30 à 250 m) équipé dans certains satellites (exemple : Landsat, MODIS). Sur base de ce signal, on utilise des algorithmes pour distinguer la végétation de la non-végétation. Cependant, la végétation en présence en zone aride présentent différentes spécificités qui limitent cette approche :

- Les forêts en présence ont tendance à être fragmentées, ce qui implique que le signal spectral perçu correspond à un signal composite de végétation et de sol nu. Il y est donc difficile d'y quantifier la couverture de végétation.

- Les espèces en présence sont adaptées aux conditions environnementales arides, elles y répondent par différentes stratégies qui impactent directement l'information spectrale enregistrée par le capteur : la perte de feuilles durant la saison sèche, une composition et une morphologie des feuilles et du houppier qui limitent l'évapotranspiration (se traduisant par un signal spectral différent).

Pour pallier à ces problèmes, les chercheurs ayant participé à cette étude ont développé une nouvelle méthode combinant de manière créative les données satellites optiques à très haute résolution spatiale (inférieur à 1m) mises à disposition gratuitement par Google, une nouvelle méthode de photo-interprétation développée par la FAO et une expertise participative coordonnée entre plus de 200 opérateurs locaux. Cette méthode permet de ne pas être dépendant de la détection automatique d'un signal de végétation, et l'utilisation d'image satellite à très haute résolution permet de distinguer les arbres du sol nu.

Avec cette approche, les chercheurs ont découvert que les forêts arides couvrent 1079 millions d'hectares, soit 400 à 500 millions de plus que les chiffres précédemment rapportés. Les différences sont particulièrement importantes en zone semi-aride, particulièrement abondantes en Afrique et en Australie, où les chiffres sont doublés. À l'échelle de la planète, cela correspond à une augmentation de la superficie mondiale des forêts d'au moins 9%, une surface équivalente à la forêt amazonienne.


Ces résultats apportent de nouvelles informations pour mieux comprendre les incertitudes actuelles dans le bilan carbone de la planète, et permettent le développement d'actions nouvelles pour la conservation et la restauration des forêts, et par conséquent, pour la lutte contre la désertification et le changement climatique.